
Objectifs pédagogiques :
Travail sur l’équilibre entre notre univers mental, notre monde affectif, et notre corps. Réunification de ces trois éléments pour libérer l’expression dans la relation au partenaire. Augmenter le niveau de présence à soi-même en améliorant l’attention, la vigilance, la rapidité, la conscience, l’ouverture et l’écoute.
Le don :
On décide un jour de faire du théâtre parce qu’on pense qu’il y a au fond de nous quelque chose à donner, et que si on arrive à donner cette chose, cela fera du bien à celui qui la recevra : le public.
Le don... Pas celui qu’on a reçu du ciel, mais le vrai. Celui qui est à la base de toute organisation sociale, qui maintient les liens, qui empêche quelquefois la vie de devenir insupportable.
On fait du théâtre pour donner. Mais donner quoi ? Soi-même ? Oui... à condition que tout en nous soit parfait, à condition d’être soi-même un cadeau. Car il faut donner le meilleur, et seulement lui. On ne peut se contenter de ce qu’on est. Il faut séparer le bon du mauvais, l’utile de l’inutile, l’essentiel du superflu, la vérité de l’illusion. Il faut apprendre à donner, c’est à dire qu’il faut extraire cette petite chose qui est au fond de nous, la faire monter à la surface, et l’aider à grandir, à se développer, à se structurer, à se polir, car l’état brut cache toujours les mille facettes de la richesse.
Le don est là, il existe, mais pas toujours la faculté de donner. Donner n’est pas facile : il faut passer sa propre épaisseur, son propre empêchement. Il faut ouvrir le passage. Et on pourra vraiment donner quelque chose le jour où ce qu’on donnera correspondra effectivement à ce qu’on avait imaginé. L’acteur libre est celui qui peut faire ce qu’il a imaginé.
Les allumettes :
Le rêve de tout acteur serait de pouvoir passer de la vie à la scène directement, d’être sur scène aussi vivant, aussi spontané, aussi riche que dans la vie, sans peur. Avoir le coeur, le corps et l’esprit aussi “libres” que dans la vie. Transporter toute son humanité sur la scène sans rencontrer la moindre barrière, avec facilité.
Mais la réalité est autre : à peine l’acteur a-t-il franchi cette petite frontière invisible qui sépare la vie de la scène, que son naturel s’en va, sa facilité à parler, ses émotions disparaissent, son imagination s’évanouit, le vivant s’écroule. Le travail commence.
Pour aider l’acteur dans son travail, beaucoup de méthodes ont mis au point des techniques : pose de voix, élocution, syntaxe, rythmes, musicalité, psychotechniques, recherche des émotions, relaxation, respiration, techniques corporelles, gestes, mouvements, démarche, etc... Souvent le théâtre est considéré comme une accumulation de techniques et l’on rencontre encore l’idée que plus un acteur possède de techniques, plus il est acteur.
D’une certaine manière ces techniques ne sont rien d’autre que la preuve de notre incapacité à transporter directement sur scène notre humanité. Elles sont censées reconstruire cette humanité. Mais un bout de ceci et un bout de cela n’a jamais fait un homme.
D’autre part, toute technique est élaborée à partir du but recherché, de la conception qu’on se fait du théâtre : si le théâtre doit être l’expression de la beauté, les voix seront harmonieuses, les gestes délicats, la démarche coulée, les phrases musicales, les émotions mesurées... L’expression de l’acteur sera donc théorique, formelle, et loin du foisonnement du vivant, ou de l’acteur lui-même. De ce point de vue, la technique ne fera qu’ajouter de l’épaisseur entre le don et son expression, le rêve d’humanité et le jeu.
Si on pouvait faire du feu d’un simple claquement de doigts, nous n’aurions jamais eu besoin d’inventer les allumettes... sauf pour ceux qui ne savent pas claquer des doigts.
Un acteur est un être humain qui raconte des êtres humains. Et comme tout être humain, il a un coeur, un corps et un esprit. Si on arrive à créer une relation équilibrée, intelligente entre ces trois éléments, on a un être humain présent, recentré, réunifié, qui ne rencontre plus d’obstacles à son expression. C’est ce point qui doit donner une base à notre travail.
*Aucune qualité physique particulière n’est requise. Il ne s’agit pas de faire de la gymnastique, mais de développer ses potentialités d’expression à travers le vivant.
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